DANSES D’ÉGLISE


DANSES D’ÉGLISE
DANSES D’ÉGLISE

DANSES D’ÉGLISE

À l’origine, la danse est un art sacré, plutôt qu’un art social. Il est normal que l’Église catholique ait connu quelques formes de danses même si, au XXe siècle, une telle affirmation peut paraître surprenante. La Bible présente la danse comme signe d’adoration, de dépendance respectueuse, de reconnaissance spirituelle; pensons notamment à la danse de David devant l’Arche ou à celle des Hébreux après la traversée de la mer Rouge. Les premiers chrétiens dansaient pour honorer Dieu. «Les premiers évêques s’appelèrent praesules parce qu’ils commençaient et menaient la danse dans les fêtes solennelles» (J. Giroud).

Selon Maurice Béjart, «une danse qui n’est pas vraiment l’expression d’une manifestation du sacré, qui est l’inverse d’une communion, est une danse vide et dépourvue de sens». Au cours du Moyen Âge occidental, des danses furent exécutées dans les églises soit spontanément par le peuple, soit rituellement (si l’on peut dire) par le clergé. Joseph Bédier, cité par Giroud, écrit: «Les jeunes clercs ne se démenaient pas, ne frappaient pas du pied, ne se débrisaient pas, comme les danseurs des caroles mondaines, qui agitaient bras et jambes et allaient jusqu’à mimer des scènes au centre de leur ronde.» Les danses d’église étaient en effet presque toujours des caroles, exécutées à l’occasion de certaines fêtes, notamment Noël et Pâques que précède un temps de pénitence, l’avent et le carême; aussi dansait-on sur des chants de joie latins pour célébrer la naissance ou la résurrection du Christ. Seuls les clercs et les hommes participaient à ces danses, qui ne faisaient pas partie de la liturgie. Bernard Itier, dans sa Chronique de Saint-Martial de Limoges , nous apprend que, pendant l’octave de la fête du saint patron de l’abbaye — «chorea facta est » —, on exécutait des danses. On rencontre aussi le terme tripudium au sens de danse, de manifestation d’allégresse et d’élan joyeux où le corps participe par des gestes. Ainsi lit-on dans le Libre vermell (XIIIe s.) des moines de Montserrat une allusion à «une douce chanson qui doit servir de ronde» («ad trepidium rotundum »).

Les rondes semblent être, en effet, les danses sacrées par excellence de l’Occident; elles prennent souvent aussi la forme de processions. Mais elles n’ont rien à voir avec les facéties burlesques dont les églises furent parfois le théâtre (fête des fous par exemple). T. Arbeau rapporte, en 1589: «En l’Église primitive, la coutume continuée jusques en notre temps a esté de chanter les hymnes de notre Église en dançant et ballant, et y est encore en plusieurs lieux observée.» Ces danses étaient exécutées à l’occasion de certains événements, tels qu’une élection d’évêque, une fête de saint, la célébration des saints Innocents... Pour la Sainte-Madeleine, les moniales de Villarceaux mimaient une danse imaginaire du roi David. Le clergé de Gournay dansait pour la Saint-Nicolas et, dans certaines régions, la coutume voulait qu’un nouveau prêtre dansât le jour de son ordination; un arrêt du Parlement de Paris interdit cet usage en 1547. Au XVIIIe siècle, les chanoines du chapitre d’Auxerre avaient l’habitude de danser une ronde après avoir joué à la pelote (ludum pilae ). Le Mercure de France (mai 1726) nous apprend qu’il s’agissait d’une sorte de branle. On peut appliquer à une telle ronde la définition que Gaston Paris donne de la carole profane: «une danse aux chansons où l’on se tient par la main». Comme les fidèles, hommes et femmes, passant outre aux interdictions répétées, s’unissaient au clergé pour danser, les abus furent estimés condamnables. Citons seulement quelques conciles locaux, aux dates significatives, qui sanctionnent de tels ébats: Tolède (589), Bâle (1435), Soissons (1456), Narbonne (1551 et 1609), Rouen (1581), Reims (1583), Aquilée (1596), Bordeaux (1624). Il faudrait aussi évoquer les danses religieuses et les processions de la semaine sainte en Espagne (Séville) et au Portugal, où elles sont toujours en honneur; et enfin, les danses des Noirs américains (comme l’écrivent H. Panassié et M. Perrin, «le jazz est le chant de l’âme profondément religieuse du peuple noir»: la structure mélodico-rythmique des improvisations de negro spirituals (par exemple, le fameux Gospel Train ) rappelle nettement celle du «rondet de carole»). Armstrong, dans son ouvrage, Ma Nouvelle-Orléans , raconte un souvenir d’enfance: sa mère l’ayant amené à l’église, «le prêcheur se mit à swinguer de telle façon que toute l’église tanguait». Dans ce type de prière chantée collective, laissée à l’initiative du pasteur, la mélodie simple est toujours soutenue par un rythme clair et précis sur lequel on peut danser. Les interprètes — solistes ou groupes — battent des mains, font de petits pas presque sur place, remuent le torse ou les épaules, plient les genoux, sautent et frappent des pieds.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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